VIVALDI ET MOI
Madame Peltier, vice-présidente du CPML (Centre de Pratique Musicale du Lac) est intervenue le 29 mai 2026 en introduction du film Vivaldi et moi. Elle a la gentillesse de vous partager sa présentation ci-après :
« La musique transcendante ici est celle des hôpitaux. Il y en a quatre, tous composés de filles bâtardes ou orphelines, et de celles que leurs parents ne sont pas en état d’élever. Elles sont élevées aux dépens de l’État, et on les exerce uniquement à exceller dans la musique. Aussi chantent-elles comme des anges, et jouent du violon, de la flûte, de l’orgue, du hautbois, du violoncelle, du basson ; bref, il n’y a si gros instrument qui puisse leur faire peur. Elles sont cloîtrées en façon de religieuses. Ce sont elles seules qui exécutent, et chaque concert est composé d’une quarantaine de filles. Je vous jure qu’il n’y a rien de si plaisant que de voir une jeune et jolie religieuse, en habit blanc, avec un bouquet de grenades sur l’oreille, conduire l’orchestre et battre la mesure avec toute la grâce et la précision imaginables. Leurs voix sont adorables pour la tournure et la légèreté ; car on ne sait ici ce que c’est que rondeur et sons filés à la française. (…) Celui des quatre hôpitaux où je vais le plus souvent et où je m’amuse le mieux, c’est l’hôpital de la Piété ; c’est aussi le premier pour la perfection des symphonies. »
Venise, le 29 août 1739 (le prêtre roux y enseigne le violon depuis 1703, donc depuis 36 ans, 2 ans avant son départ pour Vienne), Charles de Brosses, érudit et magistrat bourguignon, parti pour l’Italie pour un an. Dans une autre lettre, il dit de Vivaldi :
« Je l’ai ouï se faire fort de composer un concerto, avec toutes ses parties, plus promptement qu’un copiste ne le pourrait copier ».
C’est peut-être de ce témoignage qu’est née l’idée du film.
Né en 1678 à Venise un jour de tremblement de terre, le rappellera sa mère pour justifier sa santé fragile, Vivaldi souffre d’une sorte d’asthme.
Son père, barbier, est violoniste amateur mais joue à la basilique St-Marc où il introduit son fils qu’il oriente vers la prêtrise. Il accompagne dans ses déplacements ce fils connu dans tout Venise sous le nom de Prêtre Roux !
En 1703, à son entrée à l’Ospedale, sa présence y sera décidée chaque année par un vote qui ne lui sera pas forcément favorable.
Vivaldi s’oriente vers le concerto à un instrument, notamment le concerto pour violon, faut-il encore que l’instrument soliste ait un volume suffisant pour converser avec le reste de l’orchestre. C’est progressivement le cas du violon. En effet, cet instrument se porte très bien puisque l’âge d’or des Stradivarius a lieu de 1725 à 1727. Le mystère de fabrication plane encore et la seule explication trouvée de nos jours est celle du climat de l’époque. Le petit âge glaciaire atteint son paroxysme de 1580 à 1730. Le neveu de saint François de Sales, évêque lui aussi, ordonne des processions dans la vallée de Chamonix pour arrêter l’avancée des glaciers. La Tamise ira jusqu’à geler, Plus l’hiver est rude, plus les cernes du tronc d’arbre sont rapprochés et plus le bois est dur.
En 1711, Vivaldi publie un recueil de 12 concertos pour instruments à cordes intitulé l’Estro Armonico, passage définitif du concerto grosso au concerto pour soliste auquel il donne sa forme définitive : vif, lent, vif. A cette époque Bach (1685-1750) est premier violon de la chapelle du Duc de Saxe-Weimar, et son cousin Johann Gottfried Walther, élève d’un fils de Pachelbel, organiste lui aussi à Weimar. Passionné de musique italienne, il transmet une copie de L’Estro Armonico à Bach qui en tombe amoureux au point de la transcrire pour clavecin, ce qui attachera définitivement le nom de Vivaldi au sien.
Ce dernier composera 470 concertos pour violon à côté de 45 opéras. Son Stabat Mater (1712) rivalisera avec celui de Pergolèse (1736), son Gloria KV 789 fera la joie des chorales. Ses quatre Saisons (1724) exciteront les virtuoses du violon.
Mais le chemin pour se pencher vers la musique ancienne est semé d’embûches. Ce que l’on sait sur Mozart (1756-1791) est grâce à son abondant courrier destiné à son père, or Vivaldi vit chez ses parents. L’œuvre de Bach a été connue grâce aux soins de son fils Carl Philippe Emmanuel qui a tout rassemblé et laissé des copies à Potzdam, chez le roi de Prusse, relais qui l’a fait connaître à Vienne, notamment à Mozart.
1727 est une date importante pour Vivaldi et Bach qui est définitivement à Leipzig. Le premier compose son Orlando furioso et le second sa Passion selon saint Matthieu. 102 ans plus tard, Mendelssohn fait rejouer la Passion à Berlin, ce n’est plus dans une église mais dans une salle de concert, on doit remplacer les hauts-bois d’amour par des clarinettes, le clavecin qui accompagne les récitatifs par un piano-forte, l’assistance n’est plus habituée à la longueur des offices religieux, il faudra faire des coupures. Telle est l’évolution qui va gêner la reprise de si belles œuvres !
L’élaboration du catalogue des œuvres de Bach (BWV) a posé au passage la question des partitions de Vivaldi. Sa publication en 1950 déclenche ce que l’on appellera le Retour du baroque.
Parti pour Vienne en mai 1740 après la mort de son père, celle de l’empereur Charles II en octobre a retiré à Vivaldi tout appui. Victime de sa prodigalité et de sa fragilité, il s’éteint sans bruit le 28/7/1741. Son frère vend ses 811 œuvres manuscrites. En 1926, une école salésienne du Piémont vide son grenier en vue d’une vente pour financer des travaux, ce qui révèle l’existence de 40 volumes de partitions manuscrites de Vivaldi. Cette découverte suivie d’un patient travail interrompu par la guerre rassemblera à la Bibliothèque nationale de Turin 450 pièces dont la quasi-totalité des opéras.
Les premiers ou presque à prendre plaisir à écouter de la musique ancienne, nous en sommes souvent friands, Vivaldi et moi nous propose une friandise dramatique !
Pour aller plus loin, découvrez l’excellente vidéo de Jakub :
https://youtube.com/playlist?list=RDyF4YXv6ZIuE&playnext=1&si=573EqOPvdwJoN3s9

